L’homme dans la cité

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« Pourvu que nous vienne un homme, aux portes de la cité, que l’amour soit son royaume et l’espoir son invité ! Et qu’il soit pareil aux arbres que mon père avait plantés, fiers et nobles comme soir d’été. Et que les rires d’enfants, qui lui tintent dans la tête, l’éclaboussent d’un reflet de fête…
Pourvu que nous vienne un homme, aux portes de la cité, que son regard soit un psaume fait de soleils éclatés ! Qu’il ne s’agenouille pas devant tout l’or d’un seigneur, mais parfois pour cueillir une fleur. Et qu’il chasse de la main, à jamais et pour toujours, les solutions qui seraient sans amour…
Pourvu que nous vienne un homme, aux portes de la cité, et qui ne soit pas un baume, mais une force, une clarté ! Et que sa colère soit juste, jeune et belle comme l’orage ; qu’il ne soit jamais ni vieux ni sage. Et qu’il rechasse du temple l’ écrivain sans opinion, marchand de rien, marchand d’émotions…
Pourvu que nous vienne un homme, aux portes de la cité, avant que les autres hommes qui vivent dans la cité, humiliés, l’espoir meurtri, et lourds de leur colère froide, ne dressent, au creux des nuits, de nouvelles barricades… »

Non, ce superbe texte n’est pas de moi, simple artisan-poète-chansonnier ; il est né au carrefour de l’imagination et de la plume du plus grand auteur-compositeur-interprète de notre pays, Jacques Brel. Enregistrée en 1958, cette chanson est l’expression poétique des aspirations du poète, certes, mais aussi des hommes et femmes de bonne volonté de l’époque. En effet, en pleine guerre froide, les citoyens du monde espéraient autre chose qu’une paix sur le qui-vive, l’arme à la main. Leur espoir prenait alors la forme du traité de Rome, les bases d’une Europe pacifiée, prospère, solidaire, généreuse et accueillante.
Que reste-t-il de cet espoir aujourd’hui ? A vrai dire, pas grand-chose et les fondateurs de cette nouvelle Europe doivent se retourner dans leur tombe en constatant comment leurs successeurs ont trahi et saccagé un projet d’une richesse, d’un humanisme sans pareil. Si bien que, près de 60 ans après avoir été lancé, l’appel du Grand Jacques conserve plus que jamais toute sa lucidité, tout son idéalisme, toute sa force, toute son impérieuse nécessité. Vous en doutez ? Prenons alors la peine, le temps de lire ensemble ce qu’un analyste du XXIe siècle, pourrait écrire aujourd’hui, sans doute avec moins de poésie mais avec autant de justesse.
Pourvu que nous viennent des femmes et des hommes au sein de notre cité ; des femmes et des hommes donneurs spontanés pour la greffe dont notre cité a besoin d’urgence, celle d’un cœur qui bat au rythme de l’amour et du respect de l’Autre.
Des hommes et des femmes semeurs d’espérance et de bonheur partagés ; grands, dignes et respectables de par leurs nobles convictions ; fiers d’être des femmes et hommes d’État responsables, au service des citoyens ; à la vision humaniste et généreuse, qui éclaire notre présent, assure l’avenir des générations à venir et, en tout temps, protège les plus faibles.
Des femmes et des hommes qui ne s’agenouillent pas devant le dieu profit et ses saints que sont la corruption et la compromission ; qui ne cèdent pas aux pressions et chantage des lobbies ; qui préfèrent donner plutôt que prendre et se lancer dans des entreprises désintéressées, gratuites, belles, pour le simple plaisir d’ensoleiller la vie de celles et ceux qui les ont choisis pour les représenter.
Des hommes et des femmes qui, inébranlables dans leurs éthiques convictions, osent sortir des rangs de la pensée unique et partisane ; dignes de confiance dans leurs promesses mesurées, de parole dans leur réalisation et apportant des solutions efficaces aux problèmes rencontrés.
Des femmes et des hommes enthousiastes et intègres, s’emportant, quand nécessaire, avec l’élan, la générosité et la fougue de la jeunesse pour dénoncer, sans langue de bois, les idéologies, paroles et comportements, d’où qu’ils proviennent, indignes d’une cité démocratique et humaine qui mérite ce nom ; refusant d’être complice et désavouant leurs propres amis qui trahiraient leurs valeurs communes.
Des hommes et des femmes attentifs aux humiliés, désespérés, révoltés, isolés… qui se laissent éblouir par la poudre aux yeux et les discours simplistes de faux prophètes semeurs de peurs et de repli sur soi. Attentifs, également, aux estropiés de la vie qui, sans secours, sans recours et manipulés par des bonimenteurs sans scrupules, rejettent sur l’Autre, différent, inconnu, étrange, étranger, la faute de leur situation précaire et de tous leurs maux. Attentifs, enfin, aux extrémistes, racistes et intégristes qui dressent de nouvelles barricades d’intolérance, d’égoïsme, de haine entre des gens, des peuples, des croyances qui, en se connaissant mieux, pourraient développer un vivre ensemble de qualité, levain d’un monde meilleur.
Pourvu que nous viennent des hommes et des femmes, au cœur de notre cité, que celle-ci ait pour prénom Belgique, Europe ou Planète Terre ! Appel d’urgence est lancé aux femmes et hommes de bonne volonté : noirs, blancs, roux, jaunes, rouges, verts, albinos, irisés… barbus, poilus, moustachus, imberbes, chauves… homos, hétéros, transgenre… juifs, musulmans, chrétiens, animistes, bouddhistes, agnostiques… toutes et tous sont les bienvenus, jeunes ou plus âgés, diplômés ou pas, avec ou sans permis de séjour et/ou de travail… à la seule condition d’être honnêtes et respectueux de l’Autre ! Ca doit pouvoir se trouver !
Merci à Jacques Brel, visionnaire, qui nous a permis cette nécessaire piqûre de rappel d’humanisme à portée de main et de cœur.

Bruno Heureux.
poète-chansonnier,
membre du comité de soutien à Stand Up For Europe.

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